Préexistence

Léonard de Vinci, L’Annonciation : à gauche, l’ange Gabriel, un lys à la main, est agenouillé dans un jardin fleuri ; à droite, Marie est assise à un lutrin devant un palais ; à l’arrière-plan, un paysage avec des arbres, des montagnes et une ville portuaire.
Léonard de Vinci, L’Annonciation, vers 1472–1476, Galerie des Offices, Florence. L’ange Gabriel annonce à Marie la naissance de son fils et donne la raison pour laquelle celui-ci sera appelé Fils de Dieu : « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1,35). C’est là, et non dans une génération avant tous les temps, que Sozzini et le Catéchisme de Racovie placent le commencement du Fils de Dieu. Source : Wikimedia Commons, domaine public (PD-Art).
En bref

La doctrine de l’Église : Le Fils de Dieu est engendré du Père de toute éternité ; tout a été fait par lui, et pour notre salut il est descendu du ciel et s’est fait homme. Ainsi le confessent les Églises depuis les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381). Même parmi les adversaires de la Trinité, certains s’en tenaient à une préexistence : le Christ aurait été la première créature de Dieu, celle par laquelle le monde serait venu à l’existence.

Sozzini : Avant la conception dans le sein de Marie, il n’y a pas eu de Fils de Dieu. Jésus de Nazareth est un homme véritable, et pourtant le Fils unique de Dieu, parce qu’il a été conçu par la puissance du Saint-Esprit (Lc 1,35) et parce que Dieu l’a sanctifié et envoyé, ressuscité des morts et élevé au-dessus de toutes choses. Là où l’Écriture dit qu’il était « au commencement », que tout a été fait « par lui » et qu’il avait de la gloire « avant que le monde fût », elle entend le commencement de l’Évangile, la nouvelle création et le dessein de Dieu. « Avant qu’Abraham fût », Sozzini le lit « avant qu’Abraham devienne » : avant qu’Abraham ne devienne le père de beaucoup de nations.

La thèse la plus surprenante : Que Jésus soit « descendu du ciel », Sozzini le prend à la lettre, mais comme une affirmation sur l’homme Jésus : avant son ministère public, il aurait été ravi au ciel et y aurait appris de Dieu ce qu’il devait annoncer.

La pointe : Une préexistence n’élève pas le Christ. Selon Sozzini, elle obscurcit la plus grande œuvre de Dieu : avoir élevé un homme véritable, notre frère, à une telle gloire.

Le Fils de Dieu existait-il déjà avant la naissance de Jésus de Nazareth ? Les grandes Églises l’affirment, de façon normative depuis les conciles du IVe siècle, et même parmi les adversaires de la Trinité, certains s’y sont tenus. Fausto Sozzini l’a nié, non pour amoindrir le Christ, mais pour le voir tel que les apôtres l’ont annoncé : comme un homme véritable, que Dieu a formé par son Esprit dans le sein de la Vierge, qu’il a conduit à travers la mort et la résurrection et qu’il a élevé à une gloire qui surpasse toutes choses.

La question : y avait-il un Fils de Dieu avant Jésus ?

On appelle préexistence (du latin prae, « avant », et existere, « sortir, apparaître, exister ») la doctrine selon laquelle le Christ aurait existé comme personne dès avant sa naissance humaine. Que le Christ fût, dès avant le monde, prévu dans le plan de Dieu, nul lecteur de la Bible ne le conteste. Pierre dit de lui qu’il a été « prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous » (1 P 1,20). Ce qui est disputé, c’est de savoir s’il existait déjà réellement à ce moment-là : comme un être agissant qui, plus tard, serait devenu homme.

Dans la préface de sa disputation avec Erasmus Johannis, Sozzini distingue les deux formes sous lesquelles cette doctrine était soutenue de son temps. Il tient l’une et l’autre pour la source d’une ignorance lourde de conséquences, car qui pense ainsi méconnaît l’élévation de l’homme Jésus :

« Or l’origine et le principe d’une ignorance si grande et si pernicieuse est, et a toujours été, de ne pas penser droitement touchant l’existence du Fils unique de Dieu, et d’estimer qu’avant que Jésus de Nazareth fût conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge, un Fils unique de Dieu existait déjà réellement et parfaitement – lequel aurait été soit engendré de l’essence même de Dieu le Père, soit créé de rien par Dieu lui-même avant que rien d’autre ne fût créé, et aurait en son temps pris la nature humaine, ou revêtu l’homme, ou, comme d’autres aiment mieux dire, le corps humain, c’est-à-dire la chair. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Préface à Hieronim Moskorzowski › Pourquoi la connaissance de l’élévation du Christ est nécessaire

La première forme est la doctrine des grandes Églises. Le concile de Nicée l’avait fixée en 325 contre le prêtre alexandrin Arius, pour qui le Fils était une créature, tirée du néant par Dieu avant tous les temps. La seconde forme est celle d’Arius lui-même. Au XVIe siècle, quelques antitrinitaires la soutinrent de nouveau : ils rejetaient certes la Trinité, mais ne voulaient pas renoncer à une préexistence céleste du Christ. D’autres encore, comme Michel Servet, brûlé à Genève en 1553, niaient le Fils éternel, mais s’en tenaient à une Parole éternelle en Dieu. Sozzini conteste chacune de ces formes : il n’y avait pas de Fils de Dieu avant que Jésus de Nazareth fût conçu.

Combien cette question divisait les antitrinitaires eux-mêmes, la disputation que Sozzini mena en 1584 à Cracovie avec Erasmus Johannis le montre. Tous deux confessaient le Dieu unique, le Père. Mais Erasmus, plus tard prédicateur de la communauté unitarienne de Kolozsvár, en Transylvanie, tenait le Christ pour une substance spirituelle que Dieu aurait créée la première de toutes et qui aurait ensuite revêtu un corps humain. Il demanda à la communauté de Cracovie de pouvoir exposer ses raisons, et les frères chargèrent Sozzini de lui répondre :

« Les frères y consentirent et, selon le désir d’Erasmus lui-même, confièrent nommément à l’un d’entre eux la tâche de répondre à ses arguments devant les autres qui seraient présents. Or celui-là n’était autre que moi-même. Nous disputâmes ainsi deux jours durant, amicalement et paisiblement, moi répondant point par point et dans l’ordre à tout ce qu’Erasmus avançait – bien que mes réponses ne pussent nullement convaincre Erasmus. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Préface à Hieronim Moskorzowski › Comment cette disputation a eu lieu

Sozzini acheva sa réfutation écrite le 30 novembre 1584. Erasmus ne répondit jamais ; en 1595, Sozzini fit néanmoins imprimer la disputation, expressément pour que des lecteurs pieux et savants pussent juger par eux-mêmes. Face à l’autre camp, il avait déjà défendu la même doctrine. Le théologien réformé lituanien Andreas Volanus (Andrzej Wolan) avait attaqué les Frères polonais dans une exhortation, les traitant de « samosaténiens » et d’« ébionites ». Les deux réponses que Sozzini lui adressa, Sur la nature de Jésus-Christ, examinent elles aussi, l’un après l’autre, les passages allégués en faveur d’une préexistence du Christ ; la seconde est datée de septembre 1583, la dédicace de l’ouvrage du 14 juin 1588. Avec le Catéchisme de Racovie, le commentaire de Sozzini sur la Première Épître de Jean et les explications de György Enyedi et de Johannes Crell, ces deux écrits fondent l’exposé qui suit. Le Catéchisme est cité d’après la version latine revue par Johannes Crell, Jonas Schlichting et Martin Ruar.

La partie adverse en ses propres termes

La doctrine de l’Église a trouvé sa forme normative dans le Symbole de Nicée-Constantinople, que la plupart des Églises récitent aujourd’hui encore. En Occident, on le priait en latin ; le passage relatif au Christ se lit ainsi (traduit par nos soins) :

Symbole de Nicée-Constantinople (381), version latine

« Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non pas fait, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. Pour nous les hommes et pour notre salut, il est descendu des cieux ; il a pris chair, par le Saint-Esprit, de la Vierge Marie, et il s’est fait homme. »

Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum, et ex Patre natum ante omnia saecula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero, genitum, non factum, consubstantialem Patri: per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de caelis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, et homo factus est.

Trois éléments s’y trouvent : un Fils avant tous les siècles, une création par lui et une descente du ciel dans la chair. Erasmus Johannis contestait le premier sous la forme que lui avait donnée le concile, car son Christ n’était pas éternel, mais la première créature ; il tenait au deuxième et au troisième. La disputation rapporte ses raisons, selon la note de l’édition imprimée, « autant que cela fut possible, mot pour mot » d’après son propre résumé. La deuxième raison montre ce qui lui importait :

Erasmus Johannis, deuxième raison (dans la disputation de Sozzini)

« Deuxièmement, on n’ôte pas peu de chose au Christ et à sa dignité si on le tient pour un simple homme, en qui il n’y a rien d’essentiel qui ne se trouve aussi en quelque autre homme, et si par lui ne sont accomplies que les œuvres de la rédemption. Mais le Christ est dignement honoré lorsqu’on le tient non seulement pour le fils de Marie, mais aussi pour le Fils unique de Dieu, dont l’essence surpasse de loin en clarté et en splendeur l’essence de tous les anges – si spirituelle qu’elle soit –, qui était avant le commencement de toutes choses et par qui Dieu a non seulement racheté le monde, mais l’a aussi créé de rien. »

La dignité du Christ, la majesté de Dieu, la grandeur de la rédemption, les éloges de l’Écriture : tout cela semblait exiger, aux yeux d’Erasmus, que le Christ fût plus qu’un homme, fût-ce un homme doté de dons plus grands que tous les autres. Sa cinquième raison, décisive selon lui, était que la doctrine de Sozzini ne pouvait se soutenir sans que « de très nombreuses paroles de l’Écriture soient violemment tordues ». À ce reproche, Sozzini répond en examinant les passages un à un. Les autres raisons, il les attaque à la racine.

Le point de départ de Sozzini : un homme véritable, et pourtant Fils de Dieu

Pour Sozzini, la question d’une préexistence du Christ n’est pas une subtilité d’érudit : elle touche au fondement du salut. Dans la préface de sa disputation, il écrit :

« Vois jusqu’où mène enfin cette opinion touchant l’existence du Fils unique de Dieu avant que Jésus de Nazareth naquît de la Vierge : à savoir que non seulement se trouve obscurcie cette admirable œuvre de Dieu, qui surpasse toutes les autres et qui est la plus salutaire au genre humain – élever l’homme Jésus-Christ jusqu’à l’égalité avec lui-même –, mais encore que l’on nie que Jésus-Christ soit un homme véritable. C’est-à-dire que le fondement même de notre salut éternel est presque renversé de fond en comble, et que le très sage dessein de Dieu lui-même, de nous transmettre et de nous montrer le chemin de l’immortalité, est presque réduit à néant. »

En quo tandem perducat sententia ista de unigeniti filii Dei, ante Jesum Nazarenum ex virgine natum, existentia …

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Préface à Hieronim Moskorzowski › Pourquoi la connaissance de l’élévation du Christ est nécessaire

La plus grande œuvre de Dieu, selon Sozzini, n’est pas qu’un être céleste soit venu sur la terre, mais que Dieu ait élevé un homme pris d’entre nous jusqu’à sa propre majesté. Qui admet un Fils avant cet homme détourne le regard de l’élévation vers la préexistence, et perd de vue celui en qui se montre où Dieu veut conduire l’homme. C’est pourquoi Sozzini insiste sur la parole de Paul selon laquelle l’unique médiateur est « Jésus-Christ homme » (1 Tm 2,5) :

« Or celui qui guide sur ce chemin et qui le montre fut, selon le dessein de Dieu lui-même, Jésus-Christ en tant qu’homme, et nul autre ; comme l’apôtre Paul atteste expressément qu’il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes : l’homme Christ Jésus. C’est pourquoi nous devons reconnaître que c’est cet homme même qui a été élevé à une si grande majesté. Mais ceux-là seuls le feront droitement et véritablement qui ne reconnaissent aucun autre Fils unique de Dieu avant cet homme ou en dehors de lui. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Préface à Hieronim Moskorzowski › La dédicace et le but de la communauté

Mais par quoi Jésus est-il Fils de Dieu, sinon par une génération avant tous les temps ? Le Catéchisme de Racovie ouvre son enseignement sur la personne du Christ par l’affirmation « qu’il est par nature un homme véritable, autrefois mortel lorsqu’il vivait sur la terre, mais aujourd’hui immortel ». Aussitôt après, il demande si Jésus est donc un homme ordinaire :

« Le Seigneur Jésus est-il donc un homme pur et simple, ou un homme ordinaire ?

« En aucune manière. Car bien qu’il soit homme par nature, il est néanmoins en même temps le Fils unique de Dieu, et cela dès sa première origine. Car ayant été conçu du Saint-Esprit et né d’une vierge sans aucun commerce d’homme, il n’a eu jusque-là d’autre père que Dieu ; … C’est de quoi l’ange parle ainsi à Marie en Lc 1,35 : “Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi le saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.” »

Catéchisme de Racovie — De la connaissance du Christ

La conception n’est pas la seule raison pour laquelle Jésus est appelé Fils de Dieu. Dans son examen d’un raisonnement trinitaire, Sozzini énumère les raisons que l’Écriture en donne. Une génération tirée de l’essence de Dieu n’est pas du nombre :

« Nulle part, en effet, tu ne trouveras exprimée, ni même seulement indiquée, cette raison qu’il aurait été engendré de la substantia ou essence même de Dieu. Mais c’est soit en raison du mode de sa conception dans le sein de sa mère ; soit en raison de sa sanctification par Dieu et de son envoi dans le monde ; soit en raison de sa résurrection d’entre les morts, que suivirent sa glorification et son élévation au-dessus de toutes les choses créées ; soit en raison du sacerdoce et de la royauté éternels qu’il a reçus de Dieu ; soit en raison d’autres choses semblables, que tu trouveras qu’il est Fils de Dieu et qu’il est ainsi appelé. »

Fausto Sozzini, Examen de l’argument en faveur du Dieu trine et un (Argumenti pro trino et uno Deo examinatio), dans le volume De l’autorité de l’Écriture sainte — La filiation divine du Christ selon la chair

Même la parole du psaume qu’invoque volontiers la doctrine de la génération éternelle – « Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui » (Ps 2,7) –, Paul la rapporte à la résurrection de Jésus (Ac 13,33). Le Catéchisme le constate sobrement : « Car le mot “aujourd’hui”, désignant un temps déterminé, ne peut désigner l’éternité. »

Johannes Crell (1590–1633), recteur de l’Académie de Raków, a tiré du récit de Luc un argument supplémentaire. Si Jésus avait existé comme personne de toute éternité, il aurait déjà été Fils de Dieu lors de l’Annonciation, et l’ange aurait pu tout au plus parler d’une seconde et nouvelle filiation. Crell demande :

« Pourquoi donc ne trouve-t-on pas, dans les paroles de l’ange, le moindre indice de cette chose ? Pourquoi n’a-t-il pas parlé de manière à faire voir que cette même personne avait certes déjà été auparavant, de toute éternité, Fils de Dieu, mais qu’elle allait maintenant le devenir encore d’une manière autre et nouvelle ? »

Johannes Crell, Sur le Dieu unique, le Père (De uno Deo Patre, 1631) — Livre premier, deuxième section, chap. XXXI

La filiation divine commence donc avec la conception. D’une filiation antérieure, l’ange ne sait rien, et il n’aurait pas dû la passer sous silence si elle avait été vraie.

La dignité sans préexistence

Le reproche d’ôter au Christ sa dignité, Sozzini le retourne. La dignité ne réside pas pour lui dans l’étoffe dont quelqu’un est fait, mais dans ce qu’il fait. Et la gloire de Dieu est d’autant plus grande que l’instrument par lequel il accomplit de grandes choses est plus humble :

« Mais une dignité de cette sorte n’est pas tant à rechercher pour la personne du Christ ; bien plus haut qu’elle, il faut estimer – et bien plutôt compter parmi ce qui fait la gloire et l’honneur du Christ – ce avec quoi une telle dignité ne peut subsister : à savoir que le Christ, bien qu’il ne fût, quant à l’essence même, rien d’autre qu’un homme, s’est néanmoins montré dans des paroles et des œuvres volontaires et louables tel qu’aucun homme ne s’est montré ni ne se montrera jamais.

« Ajoute à cela que nous devons nous soucier moins de la gloire du Christ lui-même – et bien moins encore de cette dignité – que de la gloire de Dieu. Or celle-ci paraît bien plus grande si Dieu, par le Christ, bien qu’il ne fût qu’un simple homme, a accompli tant et de si grandes choses, que s’il avait accompli les mêmes choses par lui en tant que doué d’une essence plus divine – quand bien même cette essence lui aurait été donnée par Dieu. De même, en effet, un artisan mérite bien plus de louange et de gloire s’il accomplit un ouvrage remarquable avec un instrument plus humble et, de soi, moins propre à la chose, que s’il faisait le même ouvrage avec un instrument plus excellent et, de soi, parfaitement propre à la chose – quand bien même cet instrument aurait été fabriqué par lui-même. »

Atqui haec multo major conspicitur, si per Christum, licet purum hominem, tot tantaque Deus patraverit …

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Les cinq raisons d’Erasmus Johannis et leur réfutation › Réponse à la deuxième raison : la dignité de la personne

Ce n’est pas là une concession, mais la pensée même de Sozzini. Ce qu’il y a de plus admirable dans le Christ n’est pas une origine céleste, mais que Dieu ait donné à un homme crucifié « tout pouvoir … dans le ciel et sur la terre » (Mt 28,18). Quand Erasmus énuméra les œuvres les plus éminentes de Dieu, Sozzini lui objecta :

« Je dirai seulement ceci : que je m’étonne fort que, parmi les œuvres immédiates de Dieu, qui sont de loin les plus excellentes, tu n’aies pas mentionné celle que j’avais nommée – à savoir la création du Rédempteur –, et en même temps l’élévation de l’homme Jésus-Christ ; si quelqu’un peut concevoir, ne fût-ce qu’en pensée, une œuvre de Dieu plus excellente et plus admirable que celles-là, je ne le sais. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Huitième argument : la dignité des œuvres › Souvenir de l’entretien oral

De cette idée fondamentale découle une série de raisons que Sozzini et ses successeurs opposent sans cesse à une préexistence du Christ :

  1. Le médiateur est un homme. « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Tm 2,5). Sinon, dit Sozzini, Paul ne se serait pas « contenté de la simple appellation d’“homme” ».
  2. Le Messie devait être un homme. Israël attendait un roi issu de la postérité de David, et un vrai roi doit être de même nature que ceux sur qui il règne.
  3. Un Fils qui revêt un homme ne serait ni l’un ni l’autre. Si le Christ était composé d’un Fils céleste et de l’homme que celui-ci a revêtu, il ne serait en vérité, selon Sozzini, « ni le Fils unique de Dieu ni le fils de Marie », de même qu’un homme composé d’une âme et d’un corps n’est ni l’âme ni le corps.
  4. Un modèle doit être visible. Paul propose le Christ à l’imitation (Ph 2,5 ; 2 Co 8,9). Ce que quelqu’un aurait fait avant sa naissance, personne ne l’a vu, et personne ne peut l’imiter.
  5. L’élévation suppose l’abaissement. « C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé » (Ph 2,9). Ce n’est que par la mort et la résurrection que le Christ est devenu notre Seigneur « réellement et de plein droit » (Rm 14,9). Qui lui attribue cette seigneurie dès avant le monde fait de l’élévation un simple retour.
  6. L’Écriture se tait sur une incarnation. Luc parle de la crèche, mais ne dit rien d’un être céleste qui aurait pris chair. Pour Crell, ce silence, s’agissant d’un événement si considérable, est inexplicable.

Les passages scripturaires de la partie adverse

Erasmus avait présenté quatorze arguments tirés de l’Écriture, Volanus des arguments semblables. Le Catéchisme de Racovie nomme trois preuves principales des adversaires : le Christ aurait été au commencement, au ciel et avant Abraham. La méthode de Sozzini est partout la même. Il prend la lettre au sérieux, lit le contexte et se demande ce que les premiers lecteurs pouvaient comprendre. Pour la charge de la preuve, il a posé une règle claire :

« On comprend par là que, non seulement dans cet argument, mais aussi dans la plupart de tes autres arguments, où il se passe en fait la même chose, se cache une pétition de principe tacite. Et puisque celle-ci porte sur l’affirmation d’une chose qui, du reste, est en soi tout à fait étrange et souverainement absurde – à savoir que quelqu’un ait existé avant d’être né de sa mère –, toute objection, même peu vraisemblable, pourvu qu’il puisse y avoir place pour elle de quelque manière, suffit à affaiblir et à dissoudre ces raisonnements qui sont les tiens. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Troisième argument : l’abaissement suppose une gloire antérieure › Deux absurdités de la position adverse

Qui affirme une chose aussi extraordinaire qu’une vie antérieure à sa propre naissance doit en apporter une preuve contraignante. Sozzini n’a donc pas à démontrer dans chaque cas l’interprétation juste ; il suffit de montrer que le texte admet une autre interprétation, plus simple. Mais le plus souvent, il fait davantage.

Jean 1,1–3 : « Au commencement était la Parole »

« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle » (Jn 1,1–3). D’aucun passage du Nouveau Testament, écrit György Enyedi, surintendant des unitariens de Transylvanie, on ne croyait pouvoir prouver plus sûrement que de celui-ci « la divinité et l’existence du Christ avant sa mère ». Sozzini et le Catéchisme le lisent autrement, mot par mot.

Le « commencement » ne désigne pas le commencement du monde. Un commencement, dit le Catéchisme, est précisément le contraire de l’éternité ; de quel commencement il s’agit, cela ressort du sujet dont Jean traite :

« Dans le passage allégué, où il est dit que la Parole ou le Verbe était au commencement (Jn 1,1), il n’y a rien touchant cette pré-éternité, puisqu’il est fait mention ici d’un commencement, lequel s’oppose à la pré-éternité. Or le mot “commencement”, posé absolument, s’entend d’après le sujet et la matière traitée : celle-ci étant pour Jean l’Évangile, c’est-à-dire les choses advenues sous l’Évangile, il ne reste ici à concevoir rien d’autre que le commencement de l’Évangile, et un commencement déjà connu des chrétiens auxquels il écrit ; lequel fut la venue et la prédication du Baptiste, au témoignage de tous les évangélistes, qui font commencer l’Évangile lui-même à la venue et à la prédication du Baptiste. »

Catéchisme de Racovie — De la connaissance du Christ › Examen des preuves scripturaires de la nature divine du Christ › La Parole au commencement

Marc commence de même : « Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1), et parle aussitôt du Baptiste. Jean emploie le mot de la même manière lorsque Jésus dit aux disciples : « vous êtes avec moi dès le commencement » (Jn 15,27). Dans son commentaire sur la Première Épître de Jean, Sozzini en fait une règle : l’expression « dès le commencement » ne désigne pas le commencement du monde, mais doit « être rapportée au sujet traité ».

La Parole n’est pas pour Sozzini un second être à côté de Dieu, mais un nom de l’homme Jésus, parce que c’est par lui que Dieu a fait connaître son Évangile :

« En outre, ce que dit Jean, que tout a été fait par la Parole, doit être rapporté à tout ce qui relevait de l’Évangile, dont il avait lui-même entrepris d’écrire et que cet homme, le Christ Jésus, avait le premier fait connaître au monde ; c’est d’ailleurs pour cette raison même qu’il l’avait appelé “Verbe” ou “Parole”. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Colossiens 1 : premier-né de toute la création

Le Catéchisme explique ce nom de manière semblable : Jésus est appelé la Parole de Dieu « parce qu’il a été l’interprète immédiat de la volonté divine et en même temps son exécuteur ». La phrase selon laquelle la Parole était « avec Dieu » a elle aussi pour lui un sens historique. Au commencement de l’Évangile, quand le Baptiste prêchait, Jésus était déjà « en possession de sa charge, quoiqu’il ne l’exerçât pas encore, se tenant en ce temps-là auprès de Dieu » ; ce que cela signifie, la section sur la descente du ciel le montre. Et « la Parole était Dieu » ? La Parole de Dieu, selon le Catéchisme, « doit nécessairement être autre que Dieu même », puisqu’elle était avec lui. Elle est appelée Dieu parce que Dieu lui a donné une puissance divine. C’est en ce sens que Sozzini ne craint pas d’appeler le Christ vrai Dieu :

« Puisque cette Parole, qui n’est rien d’autre que l’homme Jésus-Christ, tient entièrement sa divinité du Créateur du ciel et de la terre, le vrai Dieu, et lui est pleinement subordonnée, on n’établit pas pour autant – bien qu’il soit, lui aussi, vrai Dieu – deux vrais dieux en un sens qui permette à quelqu’un de s’en offenser à bon droit. »

Fausto Sozzini, réponses aux Thèses sur l’exclusion du Christ de la vraie divinité (Theses de Christo a vera divinitate excludendo), dans le volume De l’autorité de l’Écriture sainte — Sur la sixième thèse

Le Nouveau Testament de Raków, traduction allemande des Frères polonais parue en 1630, rend le verset dans ce sens : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était un Dieu. » Que « toutes choses », enfin, aient été faites par la Parole, Sozzini le rapporte à la nouvelle création par l’Évangile. Enyedi le justifie par les promesses des prophètes :

« Car Dieu avait jadis promis, par Ésaïe, un nouveau ciel et une nouvelle terre, et par Jérémie une nouvelle alliance. Les apôtres rapportent cela au temps et à l’apparition du Christ. Et il est dit de lui qu’il est lui-même l’homme nouveau, le nouvel Adam, qu’il a un royaume nouveau, des citoyens nouveaux (Lc 19,12.27 ; Mt 21,41) – pourquoi donc pas aussi une création nouvelle ? Assurément, il est dit plus d’une fois que par le Christ s’est faite une nouvelle création. La chose même, donc, non seulement nous invite, mais nous oblige même à entendre aussi cette parole de Jean de la nouvelle création. »

György Enyedi, Explications des passages bibliques sur la Trinité (Explicationes locorum, 1598) — L’Évangile selon Jean › Jn 1 : sur le prologue de l’Évangile de Jean

Il ne s’agit donc pas de la création du ciel et de la terre, mais de tout ce qui a été renouvelé avec l’Évangile : la nouvelle alliance, l’Église, l’espérance de la vie éternelle. Le Catéchisme parle des choses « qui appartiennent à la nouvelle création faite sous l’Évangile ».

Jean 1,14 : « Et la parole a été faite chair »

Si la Parole est Jésus lui-même, comment peut-elle « être faite chair » (Jn 1,14) ? Le Catéchisme place la partie adverse devant un dilemme :

« On dit que devient ou que naît homme celui qui n’avait auparavant aucune nature. Et si la Parole, à parler proprement, a été faite chair – car rien ne nous contraint de nous écarter en quoi que ce soit de la propriété des mots –, ou bien elle était déjà réellement une personne avant d’être faite chair, ou bien elle ne l’était pas. Si elle l’était, alors, en devenant chair, c’est-à-dire une autre substance, elle a cessé d’être cette substance, et par conséquent cette personne qu’elle était. Elle n’était donc pas ce Dieu unique. Si elle n’était aucune personne existant réellement, elle était bien moins encore ce Dieu unique. »

Catéchisme de Racovie — De la connaissance du Christ › L’incarnation du Christ et ses témoignages scripturaires › La Parole a été faite chair

Le grec egeneto pourrait aussi se rendre par « était » : « Le Verbe était chair », c’est-à-dire un homme « non moins sujet que les autres hommes aux misères, aux afflictions et enfin à la mort ». « Chair » désigne dans la Bible l’homme mortel : « car l’homme n’est que chair » (Gn 6,3). Enyedi renvoie à He 2,14 : « puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même ». Or les enfants ne sont pas devenus chair : ils sont nés hommes, et il en va de même du Christ. C’est ainsi que Sozzini entend aussi le « venu en chair » de la Première Épître de Jean (voir plus bas).

Jean 1,15.30 : « Car il était avant moi »

Le Baptiste dit de Jésus : « Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi » (Jn 1,30). Un homme qui existait avant Jean, alors que Jean était son aîné : n’est-ce pas là une préexistence ? Enyedi montre, à la suite de Bèze, que le grec emprosthen (« devant ») ne s’emploie nulle part dans le Nouveau Testament au sens temporel, et que la seconde partie de la phrase donne la raison de la première :

« Mais si nous disons que ἔμπροσθέν μου aussi bien que πρῶτός μου désignent le temps, on prouve alors la même chose par la même chose, et il y aurait dans les paroles du Baptiste une vaine redite manifeste. Quelle conséquence serait-ce là, je te prie : “Il était avant moi quant au temps, car il était antérieur à moi quant au temps” ? Ce serait comme si quelqu’un disait : “Aristote a vécu avant moi, car il a existé avant moi quant au temps.” »

György Enyedi, Explications des passages bibliques sur la Trinité (Explicationes locorum, 1598) — L’Évangile selon Jean › Jn 1,15

Il s’agit du rang. Jésus a été préféré au Baptiste parce qu’il lui est « supérieur ». Le Nouveau Testament de Raków traduit dans ce sens : « car il était plus excellent que moi ».

Descendu du ciel : Jean 3,13 ; 6,38.62 ; 16,28

« Car je suis descendu du ciel », dit Jésus (Jn 6,38), et : « Et si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ? » (Jn 6,62). Volanus objectait à Sozzini que le Christ atteste expressément sa provenance céleste, « et sans le voile du langage figuré ». Sozzini répond d’abord que Volanus lui-même ne peut prendre ces paroles à la lettre :

« Mais comment oses-tu affirmer que le Christ a parlé ainsi sans aucune figure, alors que, dans le même discours, il dit que le pain qu’il donnera est sa chair, qu’il donnera pour la vie du monde, et alors qu’il avait auparavant attesté à maintes reprises que ce pain vivifiant était descendu du ciel ? Assurément, la chair du Christ a été formée dans le sein de la Vierge Marie, et n’est pas réellement tombée du ciel – ou du moins, c’est ce que tu penses toi-même. Il faut donc nécessairement entendre le “descendre du ciel” des paroles du Christ autrement que ces paroles ne te semblent le dire. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Descendu du ciel

« Descendre du ciel » signifie d’abord, dans la langue de l’Écriture, « procéder de Dieu lui-même », de même que le baptême de Jean venait « du ciel » (Mt 21,25) et que toute grâce excellente et tout don parfait descendent « d’en haut » (Jc 1,17). Paul appelle le Christ le second homme, qui « est du ciel », et ajoute : « tel est le céleste, tels sont aussi les célestes » (1 Co 15,47–48). Enyedi en conclut : si l’expression désignait un déplacement d’un lieu à un autre, il faudrait « dire de tous les hommes pieux qu’ils sont réellement descendus du ciel ».

Mais Sozzini va plus loin, et c’est ici que se trouve la doctrine la plus singulière des sociniens. Les paroles sur la descente et la remontée au ciel peuvent même s’entendre à la lettre, si on les rapporte à l’homme Jésus :

« Mais que s’ensuit-il enfin, si l’on accorde que le Christ – à parler vraiment et proprement – a été au ciel avant d’y être enlevé après sa mort ? S’ensuit-il pour autant qu’il a existé de toute éternité, ou du moins avant d’être né de Marie ? Nullement. Car il a pu être réellement au ciel avant de mourir, après être né de Marie ; et non seulement il l’a pu, mais – pour ainsi dire – il l’a dû. Car si cet homme, Paul, serviteur du Christ, a été ravi avant sa mort jusqu’au troisième ciel et a été dans le paradis même, il ne nous paraît en aucune façon vraisemblable que le Christ lui-même – cet homme, s’entend – n’ait pas été au ciel avant sa mort, et que le serviteur ait obtenu en cette vie de plus grandes choses que le Seigneur … Surtout si Paul, comme il est vraisemblable, a été ravi là-haut pour voir ces mystères de Dieu qu’il atteste lui-même avoir vus et qu’un homme ne peut exprimer : alors, s’agissant du Christ, en qui la connaissance de toutes les choses divines était sans mesure – comme elle devait l’être aussi –, il ne semble y avoir aucun doute qu’il y ait séjourné quelque temps avant d’assumer publiquement la charge, que le Père lui avait confiée, d’abreuver les hommes de la doctrine céleste. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › La communication des idiomes

Dans la seconde réponse à Volanus, Sozzini tient cette interprétation pour « la plus vraie de toutes » et affirme : « ce Jésus de Nazareth a été quelque temps au ciel dans cet intervalle ». Le grec hopou ēn to proteron, en Jn 6,62, pourrait aussi signifier « là où il avait été auparavant », et ne prouverait aucun séjour permanent au ciel. À propos de Jn 3,13, il souligne que, selon les propres paroles du Christ, celui qui est descendu, c’est « le Fils de l’homme lui-même – c’est-à-dire lui en tant qu’homme ». Le Catéchisme de Racovie a repris cette doctrine. À la question de savoir d’où Jésus connaissait la volonté de Dieu, il répond :

« Mais de quelle manière le Seigneur Jésus lui-même est-il parvenu à la connaissance de cette volonté divine ?

« De cette manière, qu’il est monté au ciel et y a vu son Père, ainsi que cette vie et cette béatitude qu’il nous a annoncées, et qu’il a entendu de ce même Père tout ce qu’il devait enseigner ; par lequel il fut ensuite envoyé du ciel sur la terre et rempli d’une immense abondance du Saint-Esprit, sous le souffle duquel il a prononcé tout ce qu’il avait appris du Père. »

Catéchisme de Racovie — Le ministère prophétique de Jésus-Christ › L’origine de la connaissance du Christ
Mise en perspective

Le ravissement de Jésus au ciel avant son ministère public est une particularité de la théologie socinienne. Sozzini l’appuie sur la lettre de Jn 3,13 et 6,62 et sur l’exemple de Paul, « ravi jusqu’au troisième ciel » (2 Co 12,2). Il en indique le cadre : après la naissance et avant le ministère public ; il n’en précise pas davantage le moment. Le Catéchisme de Racovie l’enseigne ; Enyedi et Crell le tiennent pour possible. Enyedi propose en outre l’explication selon laquelle le Christ aurait été au ciel avant sa naissance « dans la prédestination divine ». Qui ne suit pas Sozzini sur ce point peut néanmoins partager sa thèse principale : aucune parole de l’Écriture n’exige que Jésus ait vécu avant sa naissance.

Envoyé dans le monde : Galates 4,4

De l’envoi du Fils, Erasmus concluait que celui-ci avait été envoyé pour naître, et qu’il avait donc existé auparavant. Sozzini lui oppose la lettre même de Paul : « lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Ga 4,4).

« Grand Dieu, qu’entends-je ? Quelqu’un serait envoyé pour naître ? Qui a jamais parlé ainsi ? Assurément, les témoignages que tu as allégués ne disent pas que le Christ a été envoyé pour naître. Mais tu diras que c’est là ton interprétation. Étrange interprétation, en vérité, qui fait dire à Paul le contraire de ce qu’il dit ouvertement ! Car il dit, comme tu as toi-même cité ses paroles, que Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme. Or celui qui est envoyé en tant que né est déjà né lorsqu’on l’envoie. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Onzième argument : « Il a envoyé son Fils »

« Être envoyé dans le monde » signifie : se voir confier une charge parmi les hommes. Jésus le dit de ses disciples dans les mêmes termes : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde » (Jn 17,18). Enyedi en tire la conclusion :

« Mais qu’une telle sortie et un tel envoi ne signifient aucune préexistence au ciel, on peut aisément le montrer par des paroles semblables. Car le Christ dit en Jn 17,18 : “Comme tu (Père) m’as envoyé dans le monde, ainsi je les ai moi aussi envoyés dans le monde.” Et en Jn 20,21 : “Comme le Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie moi aussi.” Si donc, de ce que le Christ a été envoyé par Dieu dans le monde, il faut conclure qu’il était auparavant au ciel, il faudra dire la même chose des apôtres aussi ; car le Christ dit les avoir envoyés de la même manière. »

György Enyedi, Explications des passages bibliques sur la Trinité (Explicationes locorum, 1598) — L’Évangile selon Jean › Jn 16,28

De même, Jésus dit devant Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37) – d’abord né, puis venu dans le monde, comme le soulignent Sozzini et le Catéchisme. Et si le Père a envoyé le Fils « comme Sauveur du monde » (1 Jn 4,14), ce n’est pas, selon Sozzini, qu’il fût déjà Sauveur auparavant, mais « afin qu’il fût le Sauveur du monde ». Enfin, la parole de Jn 16,28 – « Je suis sorti du Père … et je vais au Père » – parle elle aussi d’envoi et de retour, non d’une vie antérieure à la naissance.

Jean 8,58 : « Avant qu’Abraham fût, je suis »

Il n’est guère de parole de Jésus que l’on allègue aussi souvent en faveur de sa préexistence (Jn 8,58). Sozzini remarque d’abord que Jésus ne prétend nulle part avoir vu Abraham : c’est Abraham qui, en prophète, a vu d’avance le jour du Christ (Jn 8,56). Puis il en vient à la grammaire. L’infinitif grec dépendrait de verbes au présent et devrait donc se rapporter à l’avenir : « avant qu’Abraham devienne ». Et ce membre de phrase ne se rattacherait pas à « je suis », mais à « je vous le dis » :

« Encore que, à mon avis, ce membre de la période, πρὶν Ἀβραὰμ γενέσθαι, doive plutôt se joindre non au mot εἰμί, mais au mot λέγω ; et que la particule ὅτι, ou “que”, qu’il faut absolument sous-entendre dans cette période, doive se placer non devant celui-là, mais immédiatement devant le mot εἰμί, de sorte que tout le passage se rende ainsi en latin : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham devienne : que je le suis. »

Amen Amen dico vobis, antequam Abraham fiat, quod ego sum.

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Quatrième argument : « Avant qu’Abraham fût, je suis » › La lecture de la parole du Christ

« Je le suis » a ici le même sens qu’en Jn 8,24 (« si vous ne croyez pas ce que je suis ») : je suis le Christ. Et Abraham doit encore « devenir » ce que signifie son nom :

« Cet homme, Abraham, était certes déjà venu à l’existence ; mais ce que signifiait son nom, ce en vue de quoi Dieu lui avait imposé ce nom, n’était pas encore advenu. Beaucoup de nations n’avaient pas encore reçu la foi, et c’est pourquoi cet homme, Abraham, qui est le père des croyants, n’était pas encore devenu le père de beaucoup de nations ; et l’on ne pouvait pas non plus dire encore qu’Abraham lui-même fût véritablement advenu, puisque “Abraham” n’est rien d’autre que “père d’une multitude”, c’est-à-dire de beaucoup de nations. … De même donc que le Christ, en une autre occasion, a exhorté les Juifs à marcher pendant qu’ils avaient la lumière, et leur a plus d’une fois ouvertement fait cette menace, qu’il arriverait que le royaume de Dieu fût donné aux nations et qu’eux-mêmes en fussent privés, de même, en ce passage aussi, il les exhorte, non sans une menace tacite, à reconnaître qu’il est le Christ avant que la porte de la foi ne soit ouverte aux nations. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Avant qu’Abraham fût

Enyedi tient la traduction habituelle pour une faute de langue : « Qui donc parlerait ainsi : “Avant qu’Alexandre combattît Darius, je suis” ? » Le Catéchisme de Racovie complète le « je suis », d’après Jn 8,12, en « Je suis la lumière du monde », et le Nouveau Testament de Raków traduit : « avant qu’Abraham devienne, je suis ». Sozzini lui-même souligne que cette interprétation n’est pas de lui, mais de l’homme qui, « le premier en notre siècle », a mis en lumière la vérité sur l’essence du Christ. Il s’agit sans doute de son oncle Lelio Sozzini.

Jean 17,5 : « De la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût »

« Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jn 17,5). Erasmus y lisait la demande de retourner à la gloire dont le Christ aurait « joui dans les cieux avant la fondation du monde ». Sozzini renvoie à la même prière, où Jésus explique lui-même ses paroles : « parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jn 17,24). Avant le monde, le Christ avait la gloire de la même manière que les croyants ont la grâce « qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels » (2 Tm 1,9) : dans le dessein de Dieu.

« Cet amour donc, dont Dieu a aimé non seulement le Christ, mais aussi nous en lui, avant la fondation du monde, est la raison pour laquelle le Christ a dit à bon droit qu’il avait déjà alors la clarté ou gloire auprès de Dieu, ou qu’elle lui avait été donnée par lui – et pour laquelle nous pouvons à bon droit dire la même chose de nous. Mais si le Christ a parlé ainsi de lui-même, ce n’est pas qu’il l’eût déjà possédée alors en réalité. »

Non autem ita locutus est de se Christus, quia jam tum illam reipsa haberet.

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Sixième argument : « La gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » › Le Christ explique lui-même ses paroles

Sozzini n’est pas seul à donner cette interprétation. C’est justement à un trinitaire qu’il en appelle : Augustin, dans ses Traités sur l’Évangile de Jean, avait rapporté ce passage à l’homme Christ et l’avait expliqué par la prédestination :

« Et maintenant glorifie-moi ; c’est-à-dire : comme alors, ainsi maintenant ; comme alors dans la prédestination, ainsi maintenant dans l’accomplissement. Fais dans le monde ce qui était déjà auprès de toi avant le monde ; fais en son temps ce que tu as arrêté avant tous les temps. … Car nous sommes élus de la même manière qu’il est glorifié : parce qu’avant que le monde fût, nous n’étions pas, et lui-même n’était pas non plus, le médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus. »

Augustin, Traités sur l’Évangile de Jean 105, cité par Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Sixième argument › Le témoignage d’Augustin

Le Catéchisme le résume en disant que l’on peut avoir quelque chose « auprès du Père » sans exister alors réellement. Sozzini dit ailleurs, de manière générale : « Car ce que Dieu a décrété est tenu pour déjà fait ». La gloire demandée suppose en outre ce qui n’existait pas avant le monde. Dieu a donné au Christ « le pouvoir de juger, parce qu’il est Fils de l’homme » (Jn 5,27). Un juge des vivants et des morts, établi parce qu’il est un homme, ne pouvait posséder réellement cette gloire avant la création des hommes. Que le Christ ait été « prédestiné » (1 P 1,20) ne dit pas autre chose.

Philippiens 2,5–11 et 2 Corinthiens 8,9 : forme de Dieu et forme de serviteur

« Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur » (Ph 2,5–7). Pour Erasmus comme pour Volanus, un si profond abaissement supposait une gloire antérieure. Dans sa réponse à Volanus, Sozzini part du sujet de la phrase :

« Or Jésus-Christ lui-même n’était pas en vérité avant d’être homme – quand bien même ce “Logos” que vous vous êtes forgé à côté de cet homme aurait déjà réellement existé. Car “Jésus” est le nom propre de cet homme, et “Christ” signifie “l’Oint” et se rapporte donc nécessairement à un homme. Car la nature divine ne peut être ointe, et elle n’a pas besoin d’être ointe. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Philippiens 2 : la forme de Dieu

Paul présente en outre le Christ comme un modèle. Or un modèle doit pouvoir être vu et imité. Enyedi le rend sensible par une image :

« Si quelqu’un voulait exhorter un autre à la rapidité par un exemple et lui parlait ainsi : “Sois rapide, comme tu vois que cet oiseau est rapide”, cet exemple serait maladroit. Car celui qu’on exhorte pourrait répondre qu’il n’est pas un oiseau, qu’il n’a pas d’ailes et qu’il ne peut voler, et que pour cette raison il n’est pas tenu non plus d’être rapide. De même, l’exhortation de Paul serait maladroite et vaine, si l’opinion des adversaires était vraie. Car selon eux, voici le sens des paroles de Paul : “Soyez humbles comme le Christ, qui, alors qu’il était le Dieu éternel avant sa mère, est ensuite devenu homme, ou a pris chair.” À quoi les Philippiens auraient pu répondre qu’ils n’avaient pas été des dieux éternels avant leur mère, et qu’ils n’avaient pu ni ne pouvaient devenir hommes ; qu’il ne s’ensuivait donc pas qu’ils dussent être humbles eux aussi, parce que le Christ avait été humble. »

György Enyedi, Explications des passages bibliques sur la Trinité (Explicationes locorum, 1598) — L’Épître aux Philippiens › Ph 2,5

La « forme de Dieu » était, selon Sozzini, la puissance divine que Jésus exerçait sur la terre. Il commandait « à la mer, aux vents et aux tempêtes, et en outre à toutes les maladies et infirmités, et à la mort même, et enfin aux démons ». Cette égalité avec Dieu, il ne la regarda jamais « comme une proie, mais toujours comme un don qui lui avait été fait », et il s’en dépouilla « en apparence » dans sa passion, lorsqu’il se laissa saisir, frapper et crucifier. Sozzini lit de même 2 Co 8,9 : le Christ était riche en dons célestes et en opérations divines « tandis qu’il annonçait l’Évangile du royaume de Dieu », et il devint pauvre lorsque, dans sa passion, il cessa d’en faire usage. Sozzini traduit littéralement : « il mendia, alors qu’il était riche ». Enfin, selon la doctrine de l’Église, celui qui s’est abaissé ne serait pas le même que celui qui a été élevé :

« En outre, celui qui s’est abaissé ne serait pas en vérité le même que celui qui a été élevé ensuite. Car, à votre gré, c’est Dieu qui s’est abaissé, mais c’est l’homme qui a été élevé. Or Dieu, ou la nature divine, de même qu’il ne peut être élevé, ne peut pas non plus en vérité s’abaisser. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Philippiens 2 : la forme de Dieu

C’est pourquoi, dans l’hymne, l’élévation suit comme une récompense : « C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2,9), et tout se fait « à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,11).

Colossiens 1,15–17 et Hébreux 1,2 : « Tout a été créé par lui »

« Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre » (Col 1,15–16). Contre Volanus, Sozzini fait du titre de premier-né un dilemme :

« Mais si l’expression “de toute la création” est rapportée à l’ancienne création des choses, il faut nécessairement que le Christ ait existé, en tant que chose créée, avant la création du ciel et de la terre, comme le disait Arius. Car le mot “premier-né” ne se rapporte pas seulement à la dignité, mais principalement au temps ; cela ressort manifestement de ce passage même. … C’est pourquoi, si tu ne veux pas être arien, il te faut absolument reconnaître qu’il n’y est pas question de la première création des choses, mais de la seconde : dans laquelle le Christ précède véritablement toutes les choses créées, en tant que chose créée, non seulement en dignité, mais aussi dans le temps – comme tous l’accordent ; et ainsi tout sera parfaitement clair. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Colossiens 1 : premier-né de toute la création

Paul nomme « trônes, dignités, dominations, autorités », non le soleil, les plantes et les animaux. Il entend le nouvel ordre de tous les êtres doués de raison, depuis que Dieu a fait du Christ ressuscité le chef des anges et des hommes (Ep 1,20–22). Sozzini l’explique par une image empruntée à la vie politique :

« Et cela, assurément, parce que, comme nous l’avons dit dès le début, ces choses ont été créées, c’est-à-dire transformées, par le Christ principalement en tant qu’il a commencé à les dominer, à les diriger et à les gouverner. Car outre que cela donne déjà de soi-même une forme nouvelle à cette hiérarchie, qui n’avait pas auparavant un tel Seigneur et chef, c’est aussi la cause pour laquelle les pouvoirs et les charges de tous ceux qui y sont compris peuvent être changés, augmentés ou diminués, comme il lui semble bon. C’est ce que nous voyons arriver lorsque quelqu’un est devenu prince et seigneur d’un État. Et personne n’osera nier que cet État, par cela même qu’il a obtenu un prince et seigneur qu’il n’avait pas auparavant, a obtenu en même temps une forme nouvelle. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Quatorzième argument : « Tout a été créé par lui » › Les circonstances du passage et la comparaison avec l’Épître aux Éphésiens

Et que le Christ soit « avant toutes choses » (Col 1,17), cela doit, selon Enyedi, « se rapporter non au temps, mais à la dignité ».

Il en va de même pour He 1,2, où Dieu, par le Fils, « a aussi créé le monde » – en grec « les siècles ». De quels siècles il s’agit, l’auteur l’explique lui-même : « ce n’est pas à des anges que Dieu a soumis le monde à venir dont nous parlons » (He 2,5). Le Catéchisme ajoute que ces siècles ont été faits par celui que Dieu a établi « héritier de toutes choses », ce qui n’eut lieu qu’après la résurrection. Sozzini résume ainsi la règle :

« Mais je dis : puisqu’il paraît de soi tout à fait ridicule et absurde d’attribuer au Christ la création originelle du monde, s’il n’est pas d’abord établi qu’il existait déjà au moment où le monde fut créé à l’origine – ou, du moins, puisque nulle part il n’est expressément écrit que cette première création se soit faite par lui –, il est tout à fait convenable que les passages où il est dit que la création s’est faite par le Christ s’entendent non de la première, mais de la seconde création.

« Car il n’y a et il ne peut y avoir rien d’absurde à ce que la seconde création se soit faite par le Christ ; et qu’elle se soit faite, cela est à la fois tout à fait certain et parfaitement attesté. »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Quatorzième argument : « Tout a été créé par lui » › La dernière objection

Les énoncés sur la création par le Christ ne décrivent donc pas le commencement du monde, mais le nouveau commencement que Dieu a posé avec le Christ ressuscité.

Hébreux 1,6.10–12 : les anges et le psaume de la création

Dans le premier chapitre de l’Épître aux Hébreux, une parole de psaume qui parle de la création est aussi appliquée au Christ : « Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains » (He 1,10, d’après Ps 102,26). Sozzini répond que l’auteur cite ce passage à cause de ce qui suit : la transformation de ce siècle et la durée éternelle du roi. La première phrase, il n’a dû la reprendre que parce que la suite serait incompréhensible sans elle. Surtout, une création du monde ne s’accorderait pas avec ce que le chapitre veut prouver :

« C’est donc alors, assure cet écrivain divin, que le Christ devint supérieur aux anges, lorsqu’il eut fait – ou après qu’il eut fait – par lui-même la purification de nos péchés et se fut assis à la droite de la majesté dans les hauteurs. Qui ne voit donc qu’il est impossible que, pour la prééminence du Christ sur les anges, qu’il a en vue et qu’il entreprend ensuite de confirmer par les Saintes Écritures, il ait allégué un témoignage dans lequel la première création du ciel et de la terre serait attribuée au Christ ? »

Fausto Sozzini, Sur l’existence du Fils unique de Dieu (De unigeniti Filii Dei existentia) — Cinquième argument : « Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre » › Pourquoi le psaume entier est cité

Enyedi argumente de même : si l’apôtre avait voulu prouver que le Créateur est plus grand que ses créatures, il aurait pu s’épargner tous ces témoignages. « Or personne n’a jamais douté que le Créateur ne soit plus élevé que la créature. » L’adoration que lui rendent les anges (He 1,6) vise elle aussi, selon Sozzini, le Christ élevé : elle ne lui était « due qu’après la mort de la croix, comme récompense de la suprême obéissance ». Le Catéchisme indique enfin un sens dans lequel même la première création peut être rapportée au Christ. Parce que Dieu l’avait destiné à la gloire avant toute création, le monde aurait été « fondé à cause du Messie ».

Jean 12,41 et 1 Corinthiens 10,4 : Ésaïe et le rocher du désert

« Ésaïe dit ces choses, lorsqu’il vit sa gloire, et qu’il parla de lui » (Jn 12,41). Ésaïe aurait-il donc vu le Christ, qui aurait alors déjà vécu ? Sozzini rapporte « sa gloire » à l’apparition de Dieu en Is 6 et signale un ancien manuscrit qui, selon une note marginale de l’édition grecque de Robert Estienne, lisait « la gloire de Dieu ». Mais même si c’est le Christ qui est visé, Ésaïe a vu sa gloire comme voient les prophètes : « non celle qui était alors présente, mais celle qui était à venir ». Il en va de même de la phrase de Paul sur les Israélites au désert : « ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ » (1 Co 10,4). Le rocher, dit le Catéchisme, était le Christ « figurément, savoir parce qu’il en était l’image et la figure ». Enyedi rappelle qu’un signe désigne le plus souvent ce qui est absent et à venir. Et lorsque Paul exhorte à ne pas tenter le Christ, comme quelques-uns d’entre eux l’ont tenté (1 Co 10,9 ; Segond, qui suit ici une autre leçon, porte « le Seigneur »), Enyedi conclut déjà du nom de « Christ », c’est-à-dire « Oint », que ce n’est pas lui qui pouvait être visé alors : « Comment donc pouvait-on tenter ce qui n’était pas ? »

Proverbes 8 et Michée 5,1 : la Sagesse et une origine « aux jours de l’éternité »

Dans l’Ancien Testament, on alléguait surtout deux passages. En Pr 8,22–23, la Sagesse parle : « L’Éternel m’a créée la première de ses œuvres, avant ses œuvres les plus anciennes. J’ai été établie depuis l’éternité, dès le commencement, avant l’origine de la terre. » Le Catéchisme n’y voit pas une personne, mais la sagesse de Dieu, que Salomon « introduit seulement comme parlant par une prosopopée », c’est-à-dire qu’il la fait parler comme si elle était une personne. Paul appelle le Christ crucifié « sagesse de Dieu » (1 Co 1,24), parce que la sagesse de Dieu se montre en lui. Enyedi ajoute que Paul parle « de Jésus crucifié. Or, au temps de Salomon, Jésus n’existait pas, et il n’était pas non plus crucifié. » Chez Michée, il est dit du futur souverain issu de Bethléem que son « origine remonte aux temps anciens, aux jours de l’éternité » (Mi 5,1). Le Catéchisme objecte : « Car il est fait mention ici d’un commencement et de jours, lesquels n’ont point de place dans une telle éternité. » En hébreu, dit-il, on lit « depuis jadis, ou depuis autrefois, dès les jours du siècle », et il le rapporte à une origine remontant à des temps anciens : le Christ ferait remonter l’origine de sa naissance à David, « lequel fut à la fois de Bethléem et l’auteur de la souche et de la famille du Christ ».

La Première Épître de Jean : « Ce qui était dès le commencement » et « venu en chair »

La Première Épître de Jean commence ainsi : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, … concernant la parole de vie » (1 Jn 1,1). Sozzini fait remarquer dans son commentaire que Jean emploie le neutre : il entend « non pas une persona, mais une chose », à savoir l’Évangile. Et la vie « éternelle, qui était auprès du Père » (1 Jn 1,2), était auprès du Père « parce qu’elle n’avait pas été manifestée auparavant, mais n’était connue que de Dieu lui-même, qui avait résolu d’en gratifier les hommes qui lui obéiraient ».

Plus loin, on lit : « tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu » (1 Jn 4,2). Segond rend ici exactement le grec ; mais les évangéliques du temps de Sozzini lisaient, d’après la traduction latine de Théodore de Bèze, « venu dans la chair » (in carnem), et l’on entendait le verset comme une profession de foi en l’incarnation. Sozzini rejette cette leçon. Le grec porte en sarki, « en chair », et non « dans la chair », et Jésus-Christ ne pourrait même pas être venu « dans la chair », puisqu’il « ne peut même pas être conçu sans la nature humaine ou en dehors d’elle ». « Venu en chair » signifie : apparu comme un homme mortel et souffrant. C’est dans ce contexte que se trouve la phrase qui résume avec concision la christologie de Sozzini :

« … Jésus-Christ, qui n’est nul autre, ni à côté de lui ni avant lui, que cet homme, Jésus de Nazareth, qui n’a commencé d’exister que lorsqu’il est né de la Vierge … »

… Jesum Christum, qui nullus alius est nec praeter neque ante ipsum, quam homo ille Jesus Nazaraenus, qui tunc demum extitit, cum ex virgine natus est …

Fausto Sozzini, Commentaire de la Première Épître de Jean (Commentarius in Epistolam Johannis Apostoli Primam) — L’épreuve des esprits et l’amour de Dieu › Défense de la règle affirmative pour le discernement des esprits

Objections et réponses

« Alors Jésus n’est qu’un homme comme les autres. »

Non. Par « simple homme », Sozzini entend celui « qui a certes l’essence d’un homme, et aucune autre en outre, mais qui peut du reste être doté de qualités qu’il n’a en commun avec aucun autre homme ». Jésus a été conçu du Saint-Esprit ; il est sans péché, ressuscité par Dieu et élevé à sa droite. Sozzini l’appelle même Dieu, non par essence, mais parce que Dieu l’a établi tel, et pourtant pas seulement de nom : « Or le Christ, bien qu’il soit une chose créée, est Dieu non pas seulement dans l’opinion, mais dans la réalité même – et c’est notre Dieu, qui nous a été réellement donné et établi par ce Dieu unique. » La page Adoration du Christ explique comment il faut comprendre la vénération du Christ élevé.

« C’est la vieille hérésie d’Ébion et de Paul de Samosate. »

Volanus prétendait même que les Frères vénéraient Ébion, Cérinthe et Paul de Samosate comme des saints. Sozzini répond avec précision. Avec Paul de Samosate, évêque d’Antioche au IIIe siècle, on s’accorde, dit-il, en ce qu’il niait que « le Fils de Dieu eût réellement existé avant d’être conçu dans le sein de la Vierge Marie », et, pour le reste aussi, sa conception de la personne du Christ s’écarte peu de celle des Frères ; on ne le vénère pas pour autant comme un saint. Des ébionites, qui tenaient Jésus pour le fils de Joseph et restaient attachés à la loi de Moïse, l’essentiel sépare les Frères. Et il retourne le reproche : c’est bien plutôt la doctrine des adversaires qui rappellerait Cérinthe, selon qui un Christ céleste ne serait descendu sur l’homme Jésus qu’au baptême :

« Qu’ont donc de commun, je le demande, ces délires avec la pensée des nôtres, qui croient fermement que Jésus est né de la Vierge Marie sans aucune intervention de Joseph et sans que sa semence y ait concouru, et qui ne reconnaissent d’autre Christ que ce Jésus même, qui est né de Marie, a réellement souffert la mort de la croix et est ressuscité ? La pensée de Volanus et des siens ne s’accorde-t-elle pas plutôt avec l’opinion de Cérinthe, lorsqu’ils disent que le Fils éternel de Dieu est descendu du ciel et s’est uni l’homme en une seule et même hypostase, et que ce Fils n’a souffert et n’est ressuscité non pas réellement, mais seulement par une figure de langage qu’ils appellent “communication des idiomes” – tandis que, pendant ce temps, seul cet homme aurait réellement souffert et serait ressuscité ? »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Seconde réponse à tout ce que Volanus a objecté à la réponse précédente › Ébion, Cérinthe et le Samosaténien

Cette doctrine, d’ailleurs, ne serait pas nouvelle : Paul de Samosate, Photin et d’autres auraient eu de nombreux disciples, et « les apôtres du Christ eux-mêmes » l’auraient déjà enseignée.

« Le Christ ne s’est-il pas ressuscité lui-même ? »

Erasmus invoquait Jn 2,19 (« Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai ») et Jn 10,18 (« j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre »). Celui qui se ressuscite lui-même, disait-il, doit porter en lui une essence qui ne meurt pas. Sozzini renvoie au signe de Jonas (Mt 12,40) : ce n’est pas Jonas qui se libéra du poisson, c’est l’animal qui le rejeta, parce que Dieu le voulait ; de même, le séjour des morts rendit le Christ sur l’ordre de Dieu. Le grec labein, en Jn 10,18, signifierait souvent non pas « prendre », mais « recevoir » : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et j’ai le pouvoir de la recevoir de nouveau. » C’est précisément là que réside, pour Sozzini, la grandeur du Christ. Il est mort dans la confiance que Dieu lui ferait de nouveau don de la vie.

« L’Église a toujours enseigné autrement. »

Volanus invoquait le « jugement constant de toute l’Église ». Sozzini lui répond que l’Église doit se laisser mesurer aux apôtres, et ceux-ci distinguent le Dieu unique, le Père, du Seigneur Jésus-Christ (1 Co 8,6 ; Jn 17,3) : « Comment donc Volanus ose-t-il affirmer que le jugement constant de toute l’Église est méprisé par nous, quand nous affirmons avec constance cela même qu’ont pensé les apôtres eux-mêmes ? » Là où l’Écriture paraît obscure, vaut la règle qu’Enyedi rappelle aux interprètes : les gens sensés ont coutume « d’éclairer et d’interpréter ce qui est dit de façon obscure et ambiguë par ce qui est transmis clairement et distinctement ailleurs ».

« Faut-il croire cela pour être chrétien ? »

Si résolument que Sozzini conteste la préexistence du Christ, il ne fait pas pour autant de son refus une condition de la communion. Dans la première réponse à Volanus, il écrit :

« Car il nous suffit, en ce qui concerne cette matière, que chacun confesse : ce Dieu suprême, Jéhovah, est un, à savoir celui qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, et hors de lui il n’y en a point d’autre ; mais Jésus de Nazareth, à savoir cet homme qui a été réellement crucifié, est le Fils du Dieu vivant, à qui toutes choses ont été remises entre les mains par Dieu, que nous devons vénérer et de qui nous devons attendre la vie éternelle – quoi que l’on pense par ailleurs du Fils de Dieu lui-même quant au temps qui a précédé sa naissance de Marie. Encore que nous désirions vivement que chacun connaisse la vérité elle-même le plus exactement possible, et que nous y travaillions de toutes nos forces. »

Fausto Sozzini, Sur la nature de Jésus-Christ (De Jesu Christi natura) — Première réponse à l’exhortation d’Andreas Volanus › Ce qu’est l’Église du Christ

Et dans la seconde réponse : bien qu’il nie que le Christ soit ce Dieu qui a créé le ciel et la terre, « je ne fais pourtant pas des hérétiques de ceux qui l’affirment ».

Ce que l’Écriture atteste

Aux passages qui semblent enseigner une préexistence s’opposent les témoignages qui parlent de l’origine, de la mission et de l’élévation de Jésus sans même mentionner une préexistence. Les citations bibliques de cette page suivent la version Louis Segond de 1910.

  • Luc 1,35 — « C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » : l’ange donne la conception par le Saint-Esprit comme raison de la filiation divine.
  • Galates 4,4 — « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » : envoyé comme quelqu’un qui est déjà né.
  • Romains 1,3–4 — « né de la postérité de David, selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance … par sa résurrection d’entre les morts » : déclaré Fils de Dieu par la résurrection.
  • Actes 13,23 — « C’est de la postérité de David que Dieu, selon sa promesse, a suscité à Israël un Sauveur, qui est Jésus » : la promesse portait sur un descendant de David.
  • Actes 2,36 — « Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » : la seigneurie comme don, non comme retour.
  • 1 Timothée 2,5 — « un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » : homme, même après son élévation.
  • Hébreux 1,1–2 — « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils » : ce n’est que dans ces derniers temps que Dieu parle par le Fils.
  • 1 Pierre 1,20 — « prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps » : destiné d’avance, non existant d’avance.
  • Jean 17,3 — « qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » : l’envoyé est distingué du seul vrai Dieu.
  • Hébreux 2,17 — « il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères » : un frère des hommes, non un être céleste sous une forme humaine.
  • Marc 13,32 — Du jour et de l’heure, « personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul » : le savoir limité d’un homme véritable.

Postérité

Le Catéchisme de Racovie, paru en polonais en 1605 et en latin en 1609, puis augmenté par Crell, Schlichting et Ruar, a repris la christologie de Sozzini jusque dans le détail, y compris le ravissement de Jésus au ciel. Il demande aussi en quoi la juste connaissance de la nature du Christ est « souverainement utile au salut », et répond que l’opinion contraire obscurcit la gloire de Dieu, ébranle l’espérance et fait du Christ « un autre sujet ». À la troisième raison, il nomme expressément la préexistence :

« Quelle est la troisième raison ?

« Elle fait du Christ ce Dieu unique lui-même et dit qu’il est le Fils de Dieu qui aurait réellement existé avant la conception de l’homme Jésus par le Saint-Esprit et avant sa naissance de la Vierge, et même avant tous les siècles ; et elle dirige vers celui-là notre culte, notre honneur et notre foi ; alors que celui qui est véritablement le Christ et le Fils de Dieu, considéré seul et en lui-même, serait pour eux ou bien une idole s’il était honoré, ou bien ne laisse pas voir comment il pourrait être en même temps ce Dieu unique et un homme, et être honoré à la fois comme ce Dieu unique et comme un homme exalté par lui. »

Catéchisme de Racovie — De la connaissance du Christ › L’utilité de la juste connaissance de la nature du Christ › La falsification du vrai Fils de Dieu

Dans leur traduction allemande du Nouveau Testament, parue en 1630, les Frères polonais firent passer cette exégèse jusque dans le texte biblique, comme le montrent les traductions de Jn 1,1, 1,15 et 8,58 citées plus haut. En Transylvanie, György Enyedi (1555–1597), surintendant de l’Église unitarienne, expliqua un à un les passages invoqués en faveur de la doctrine de la Trinité ; ses Explicationes parurent en 1598, après sa mort. À Raków, Johannes Crell rassembla les arguments dans son ouvrage Sur le Dieu unique, le Père (1631). Enfin, le petit-fils de Sozzini, Andrzej Wiszowaty (1608–1678), présenta dans sa Religion rationnelle les preuves tirées de Jn 1,1 et de Ph 2,6 comme des exemples de raisonnements non concluants :

« On dit que la Parole de Dieu, c’est-à-dire le Christ, était au commencement ; donc qu’il a été de toute éternité, ou du moins au début de l’ancienne création. Et pourtant “commencement”, quand on le rapporte au sujet traité, se prend souvent autrement dans les Saintes Écritures, comme en Jn 15,27 ; 16,4 ; Lc 1,2 ; Ac 11,15 ; 1 Jn 2,7.24 ; 3,11 ; 2 Jn 5 s. Le Christ était en forme de Dieu ; donc cela doit s’entendre de l’essence même de Dieu. Et pourtant “forme” ne se prend pas, dans les Saintes Écritures, de l’essence intérieure, comme on le voit en Mt 17,2 ; Mc 9,2 ; 16,12 ; Rm 12,2. »

Andrzej Wiszowaty, Religion rationnelle (Religio rationalis) — Dix-sept preuves en faveur de l’usage de la raison › Dix-septième preuve : la pratique des controversistes réfute leur propre doctrine

Avec l’expulsion des Frères polonais vers 1660, leurs écrits parvinrent aux Pays-Bas et en Angleterre. Dans la Bibliotheca Fratrum Polonorum, publiée à Amsterdam à partir de 1665, les œuvres de Sozzini furent imprimées en recueil. Depuis lors, la question de savoir si Jésus a vécu avant sa naissance est posée aussi hors de la tradition socinienne, tant par certaines Églises libres qui rejettent une préexistence du Christ que par la recherche néotestamentaire, où l’on débat pour savoir si Paul songeait déjà à une telle préexistence.

La thèse centrale de Sozzini

Jésus de Nazareth est le Fils unique de Dieu, « et nul autre, ni à côté de lui ni avant lui ». Il n’a pas vécu avant sa naissance : Dieu l’a formé par son Esprit dans le sein de la Vierge, l’a sanctifié et envoyé, l’a ressuscité des morts et élevé au-dessus de toutes choses. Les paroles sur le commencement et sur la gloire d’avant le monde parlent de l’Évangile et du dessein éternel de Dieu, les paroles sur la création, de la nouvelle création que Dieu a commencée par lui ; et s’il est descendu du ciel, c’est en tant qu’homme, envoyé par Dieu. C’est pourquoi le Christ n’en est pas amoindri, mais grandi : non pas un être céleste sous une forme humaine, mais un homme véritable, notre frère et notre modèle, que Dieu a élevé jusqu’à sa propre majesté.